Entretien Alma Nungarrayi

Australie Peinture

Entretien Alma Nungarrayi Granites – Peintre Aborigène d’Australie

Entretien Alma Nungarrayi Granites – Peintre Aborigène d’Australie

Entretien avec Alma Nungarrayi Granites

Alma Nungarrayi Granites

Le 22 janvier 2015, à Yuendumu (NT, Australie)

Georges Bureau : Quand as-tu commencé à peindre?

Alma Nungarrayi Granites : J’ai commencé en 1987.

G: Qui est ce qui t’as enseignée la peinture?

A: J’ai appris en regardant peindre mes parents (Bessie Nakamarra Sims et Paddy Japaljarri Sims), ma tante et mes grands parents

G: Quel est le sujet reçurent de tes peintures?

A: Je peins le dreaming de mon père, le star dreaming (les 7 soeurs ou le rêve lié à la constellation des Pléiades)

Entretien Alma Nungarrayi - Peintre Aborigène d'Australie

Seven Sister dreamtime

G : de nombreux enfants et petits enfants peignent ce même dreaming.

A : Plutôt mes petites filles peignent ce dreaming.

G : Est ce que tu leur appris à peindre ?

A : Elles ont surtout observé leurs arrières grands parents, arrière grand père, puis moi et mon autre sœur peindre cette histoire.

G : Pourtant lorsque tes parents peignaient, ils n’employaient uniquement des lignes et des points,…

A : Ils pratiquaient exclusivement la dot painting (style à point)

G : Tandis que maintenant, tu multiplies les approches de la peinture avec des coulures, des jets de peintures aux pinceaux, à la brosse

A : Avant je ne peignait qu’avec des points, puis je me suis détourné de la pratique traditionnelle pour une approche plus expérimentale avec des effets plus spontanés et en utilisant des pinceaux.

(… en feuilletant un catalogue raisonné des œuvres, Alma détaille les variations entre ses styles)

 

Entretien Alma Nungarrayi - Peintre Aborigène d'Australie

Alma Nungarrayi Granites

A : J’ai décidé de mettre de côté ces anciennes pratiques… afin de rendre ma peinture plus explosive, la rendre plus dynamique.

G : Qu’est ce que cette nouvelle approche apporte de plus à tes peintures ?

A : Davantage de couleur et d’une certaine manière, les peintures sont plus travaillées.

G : Plus de couleurs ?

A : Surtout des mélanges de couleur. Mais si tu regardes mes anciennes peintures (datées des années 90), elles étaient proches de celles de mes parents

Margit Bowler  : Qu’est ce qui t’as inspiré pour tes expérimentations?

A : ça m’est venu comme cela, de mon esprit.

G : A quelle niveau ta peinture influence-t-elle les nouvelles générations d’artistes comme tes petites-filles ?

A : Pas davantage que la génération de mes parents.

G : Mais tu montres dans tes peintures quelques choses de plus …

A : Oui mais ce que j’apporte de plus, je le montre au monde entier, tu vois

G : au monde entier ?

A : Il y a des ventes de mes œuvres à travers le monde, c’est important…

G : oui …

A :  important de montrer au monde les spécificités de notre culture, que nous utilisons aussi des couleurs modernes maintenant alors qu’avant notre palette était limitée

Parfois je peins comme je peignais avant, parfois…

G : Mais tu utilises toujours les points, qu’est ce qu’ils ajoutent de plus à ta peinture que les jets de peintures, les traces de doigts ne peuvent apporter ?

A : La question est difficile… quand je fais des éclaboussures, je ne peux pas les laisser comme ça, je dois rajouter des points. Pas de manière systématique, quelques œuvres avec un peu  de points, parfois dénuées, quelques une avec beaucoup.

G : Finalement, toutes ces nouvelles peintures sont plus proches de l’art contemporain occidental que celles de tes parents.

A : C’est une lecture possible.

G : Les peintures de tes parents, on pouvait déduire rapidement qu’elles étaient Warlpiri (la langue et culture dont Alma et sa famille appartiennent) tandis que les tiennes laissent planer un doute sur leur origine. Qu’est ce qui fait que tes peintures sont-elles toujours Warlpiri ?

A : Parce qu’il y a un jukurrpa (terme warlpiri pour dreaming), un dreaming. Evidemment il y a les couleurs, les jets de peintures, mais c’est surtout une histoire que je communique à travers mes actions.

G : Donc c’est l’histoire qui rend ta peinture aussi unique…

A : Oui, c’est un dreaming très spécial.

G : Qu’est ce que l’on peut te souhaiter pour 2015 ?

A : Pour 2015, que je continue à peindre, que l’on se souvienne de mes parents, des anciens qui nous ont quitté, et que le centre d’art (Warlukurlangu Artists) subsiste dans sa mission de nous rassembler tous ensemble.

 

Propos recueillis par Georges Bureau

Commissaire d’exposition et critique d’art indépendant, spécialiste des Arts du Pacifique

Avec l’Aimable autorisation du Centre d’Art de Yuendumu
Publié le : 4 mars 2015
 
Retrouvez la fiche d’Alma et le détail de ses œuvres sur le lien suivant : 4264_14